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I : HISTOIRE       II : EXTRAITS       III : PRESSE

























































L'HISTOIRE...



Dans les années 90 Albert, veuf, retraité, sans descendance aucune, a quitté sa ville après en avoir épuisé tous les regards possibles. Retiré dans son mas familial transformé en observatoire, il savoure avec précision le spectacle d’un autre monde.
Il a pour voisin un adolescent, Jean-Martin « (qui) n’était pas à proprement parler débile ou retardé : il était plutôt arrêté…Et si son corps n’avait pu se défendre de pousser, lui s’était arrêté de grandir ». Sans parler, il interroge Albert en lui apportant toutes sortes d’objets en guise de questions.
Et Albert d’expliquer…
Jusqu’au jour où Jean-Martin lui apportera une pierre de rien qui le laissera coi.
Et qui va désormais lui encombrer la tête.

De regardeur, Albert va devoir devenir acteur, sur une scène où l’orage le dispute au feu et le vent à la pierre.
Il va s’engager dans une longue marche où des voix venues d’ailleurs lui diront l’incroyable, le doute et la fureur.
Comment va-t-il pouvoir retrouver le solide, quand tout vient à glisser sur le pentu de l’improbable ?
Quand tout s’écroule comme l’instable d’un éboulis pierreux dérangé par un pas imprudent ?


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Premier chapitre du roman


(1 chapitre sur 33, 5 pages sur 282)


I



Tout en haut du Musée de la ville frisottent des médaillons de terre cuite. D'anciennes gloires des Arts et des Sciences figées en un profil définitif y contemplent pensivement d'alertes angelots.
La fin de l'après-midi est encore brûlante. Au cœur des pierres poreuses de la façade du Musée, fatiguées par de trop longues caresses du soleil, germait une fraîcheur contradictoire. Une jeune fille, très belle, pâle, cheveux défaits et yeux brouillés de larmes, marche précipitamment dans la rue, ce lieu commun où le bon ton commande que ne doivent se croiser qu'indifférences.
Les yeux fermés de plaisir, un tout jeune garçon, très noir, la visière en couvre-nuque, suçote bruyamment l'ultime humidité d'une boîte de soda orange. Une vieille dame drapée de noir semble attendre depuis des heures un autobus qui ne vient pas, sans que rien ne laisse paraître que cela lui puisse être d'une quelconque importance. Clinquante, la boîte de soda vient à rouler à ses pieds et heurter son cabas : l'enfant sentit au regard de la vieille dame qu'elle avait plus qu'envie de lui dire des choses désagréables mais n'en ferait rien. Il lui tira la langue et partit. En riant.
Surprises par un inattendu vent de mer les frondaisons des hauts platanes de l'avenue applaudissent.
Plus que sollicitée la boîte roule jusque sur la chaussée. Un motard casqué, presque au pas, cherche à savoir s'il reconnaît la fille éplorée. Il n'aperçoit la boîte qu'à l'instant de l'écraser, l'évite d'un coup de guidon, frÔle une voiture. Face au masque intégral derrière lequel on pouvait tout imaginer, l'automobiliste invective, à l'abri ses vitres levées. Le motard hausse les épaules dans un impertinent tête-à-queue.
– à 75 pile je passe partout au vert...
Bien calé sur son engin, le regard strictement dédié à la conduite, il a un œil devant et un sur son compteur. Il s'insinue dans une file de plus en plus drue, de plus en plus ralentie de véhicules bouchonnant. Sans épaisseur, il se déboîte dans ce progressif agglutinement où les regards, démotivés, se rencontrent parfois très bêtement.
Souple, libre, tout à son pari, il franchit victorieusement au moins huit feux tricolores, alors que s’effiloche le centre ville et bourgeois. L'avenue change de nom en traversant une indécise frontière brisée de lourds travaux. Le motard fonce, vers un vieux faubourg où les tuiles ont craqué comme glaise au soleil, dessinant un réseau de ruelles assombries. Le motard coule dans cette bienfaisante ravine. Le soleil retrouvé, passé le rond-point de fin de ville, il longe un conglomérat de villas de tout âge, crevé par les hautes tours d'une cité HLM. Brutalement gêné par l'inconsciente traversée d'un enfant au ballon, il stoppe, devant un feu au rouge autoritaire. D'une main nerveuse, prêt à combler cet irritant retard, il contrÔle les grondements de sa monture rétive. Un coupé asiatique, très bas et très rouge, freine à ses cÔtés dans un déluge musical.
Love is a doing word...
Les conducteurs croisent leurs yeux comme des épées.
... Fearless on my breath…
Aux rugissements des chevaux libérés se surimpose une odeur de gomme brûlée. Abandonné par le motard qui dégage dans une patte d'oie, le coupé déverse toute la force de son tuner dans une allée de séculaires micocouliers.
... Black flowers blossom…
Le compte-tours s'affole dans une longe grimpée de vitesse, sous le regard d’arbres attentifs. C'est-à-dire attendant l'erreur de trajectoire.
D’un brusque dérapage le coupé abandonne sans prévenir la rectitude de l'allée dépitée, pour s'engager sous un portail dans une pluie grinçante de gravillons. Et d'une basse branche, irrité, un merle s'envole.
... Teardrop on the fire…
Les notes bourdonnent tel un essaim agressif, dont le merle se dégage en trois méprisants coups d'ailes. Il survole à présent le moutonnement protecteur des feuillages, en quête d'un silence bien vite retrouvé.
.....
Par le seul battement du bout des ailes il se fige, immobile dans l'attente. Espère un signe qui languit à venir. Mais au moment même de basculer dans un piqué déçu, la tache blanche d'un nuage sur le grand tableau du ciel le rattrape, l'aspire d'une irrésistible poussée d'air.

Déployé au plus large pour grimper haut et vite, l'oiseau se grise d'un sifflement familier. Et au terme de ce plongeon à l'envers se laisse longuement chahuter par des remous qui chantent, flux d'invisibles vagues, bouquets de brises en miettes.
Comme pour laver ses plumes dans ce bain d'air mouvementé.
Dans ce massage éolien il frissonne, au déclic d'une piste reconnue. Et par chutes, planés, battements vigoureux, en dessine l'impalpable contour. Le voici naviguant au plus près des nuages. Tout en bas, les toits des bâtiments ne sont plus qu'éclaboussures rougeâtres sur les verts dégradés des arbres et des champs. La puantise d’une brisure bariolée d’immondes déchets désoriente le vol. Mais une forte senteur de pins grillés vient à étouffer ces fétides exhalaisons, et il en prend le cap. à terre, le damier se départit de sa trame, vire à l'unisson d'un tapis de verdure effiloché par place de toits et de chemins. Le merle file droit dans le soleil qui baisse. Les faîtes des résineux se font plus nets. Le sol remonte. La colline s'installe. Dominant la pinède le vol se ralentit, épouse cette montuosité trompeuse dont l'initiale mollesse révèle vite une épineuse texture.
Le merle n'eut pas l'immédiate conscience d'une ombre aussi brutale que la falaise qui la portait, distrait par le déboulé d’un écureuil ou encore d'un lérot frayant dans la ramure.
Ce n'est que par instinct qu'il leva le regard, et la muraille grise l'occupa tout entier. Lisse, inattendue. Hautainement dressée sur le frémissement d'une forêt dont elle conserve, dans son ascension immobile, agrippés à sa roche, d'incroyables et épineux souvenirs. L'oiseau glisse à présent le long de cette paroi aveugle. à l'exacte limite d'un tourbillon terrible qui en disloque la crête buissonneuse. Il glisse. Dédaigne l'ouverture d'un ravin dont il sait l'inutile parcours. Retourne sur son vol, pique, remonte, cherche. Plonge enfin dans une courte faille tailladant le sommet, immergé dans un dédale de turbulences.
Sous ses ailes un secret plateau déplie sa sèche nudité. Au ras de ravines mortes, à toucher leurs coulées de pierres, il louvoie à vent debout, bataillant de toute la force de ses plumes broyées contre ce cri du ciel.
Le sol roidit, s'étire en un piton ultime que couronne un arbre foudroyé. Sournois, à son passage, le vent gifle le merle, qui se faufile justement entre les doigts crochus de branchages noircis. Puis l'air cabriole. L'oiseau soulage ses muscles meurtris en marchant vent arrière. Il a réussi.
Après une dernière bourrade dont il tangue un instant, le revoici dans le silence. Très au-dessus d'une plaine grasse, presque violette. Encore étourdi il plane, hésite à peine avant d'entamer une large descente.
Au moment même où il découvre un bosquet espéré, lieu d'anciennes amours, une morsure de feu se plante dans son ventre. Puis, seulement après, l'atteint le claquement d'une détonation.

Une grêle de menus plombs s'abattit sur la tête bouclée d'Albert qui se tenait sur le pas de sa porte. Un bref éclair alluma ses yeux bleus.
Es pas veraï, aco !... (ce n'est pas vrai, ça!...)
Lorsqu’il était très en colère Albert s'exprimait volontiers dans la langue des anciens.
Époussetant rageusement sa tignasse, il flanque un grand coup de pied à une boîte rouillée qui va gracieusement atterrir sur un moulon de pierres. Puis, maugréant, entre dans sa maison.
La Bouffarde.


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Article du Bulletin de Six-Fours les Plages
Octobre 2017







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